samedi 15 mai 2010

La corde sensible...

La corde sensible…

Envie de vous raconter une histoire humaine, l’histoire de parents qui ne savent pas s’ils font bien ou non… L’histoire de parents qui font au mieux, qui essaient, s’interrogent. Une histoire somme toute assez banale…

Un fils, sensible, attentif, qui ne supporte plus l’école… Une école qui passe son temps à lui dire. A lui dire que ses notes pourraient être plus hautes, « peut mieux faire ! ». Une école qui dit, mais n’écoute pas… Il faut rentrer dans le cadre, il faut viser le bac, il faut passer ce gué pour aller plus loin, sinon, c’est foutu ! Sinon, on sort !

Et puis, cette guitare offerte, ce père qui a tenté de lui apprendre, pensant que son envie de transmettre serait contagieuse. Ses doigts qui subissent la pression et qui lui font dire « ça fait mal ». La pauvre guitare, reléguée, oubliée…

Pas tant que cela, elle attendait son heure.

Soudain, une soif, une envie de professeur, plus simple qu’un père, si attentionné soit-il. Trouver quelqu’un qui va lui confirmer qu’il a raison, que la musique c’est sa vie. Une femme, que le hasard et le bouche à oreille nous amènent. Elle a su lui donner des bases de solfège, tout en étant suffisamment pédagogue pour lui laisser pratiquer.

Voilà, la route est ouverte. C’est sa voie. Plus rien d’autre ne vaut de s’investir, il sait ce qu’il veut. En 4ème, il passe la première, sourire.

Pour nous parents, les questions s’amoncellent. Doit-on le laisser sortir du rang, partir sur un chemin difficile ? Va-t-il s’investir ou renoncer après quelques mois ? Ces moments sont périlleux, angoissants. Mais nous percevons qu’il est mal, qu’il ne peut plus rester au collège.

Je cherche une école de musique, je trouve, une école privée, bien sûr, le Conservatoire et les ENM (écoles nationales de musique) ne sont ouverts que sur préméditation…

Il passe l’audition, la réussit. Bien sûr aussi, c’est payant, mais notre « investissement » s’avère fructueux. Il travaille assidûment toute l’année et décroche facilement son diplôme.

Et puis, c’est à nouveau le vide, il est trop jeune pour enseigner, pas crédible.

Il passe un an à la maison, sans cadre imposé, sans repère, si ce n’est nous qui lui faisons confiance. Il continue à travailler, seul, progresse encore et encore.

Il faut trouver une solution, une issue, un sas de décompression. Une école à Nancy est unanimement reconnue, je lui propose de poser sa candidature. Au début, il refuse, pensant ne pas avoir le niveau. Puis peu à peu, il se prend au jeu, il choisit un morceau compliqué, il le prépare, le travaille, le peaufine, il finit par l’envoyer avec sa demande d’admission. Il est recontacté pour une audition à l’école. Il part en train, en train de se rendre compte qu’une nouvelle aventure s’ouvre à lui.

Il réussit l’audition et part un an dans une ville éloignée du cocon familial, un an de passion partagée, de rencontres, de moments inoubliables. Là encore, il nous confirme que nous avons eu raison de lui faire confiance, il prend sa chance et nous la donne en retour. Il ressort meilleur espoir avec les félicitations du jury, mais surtout il ressort encore plus investi, même si cela ne semblait pas possible, dans cet instrument, la guitare, dans ce monde, la musique.

Au jour d’hui, il transmet son savoir et son amour de ce qu’il sait à d’autres personnes, de tous les âges. Il compose, il joue, il n’est pas encore connu, mais il est reconnu. Il aime ce qu’il fait, je crois pouvoir dire qu’il est heureux. Cette histoire, sans doute un peu longue, j’avais envie de la partager, car je sais que c’est une belle histoire. Une histoire Humaine…

13 commentaires:

anne des ocreries a dit…

Génial Kat ! C'est beau et émouvant, une réussite, et la sienne est un peu la vôtre, bonne route à lui désormais !!
L'école de Nancy, je connais un ami à moi y est passé aussi, s'il s'agit bien de la même...Une très bonne renommée !
ça l'aidera !

Françoise a dit…

Et tu as eu raison de la partager, Kat, cette belle histoire. Je suis heureuse pour lui. Il a eu la chance d'avoir des parents suffisamment à l'écoute de son envie. Combien de jeunes sont mal orientés et mal dans leur peau car si mal écoutés, si mal entendus. Ce n'est pas le cas de ton fils, car il s'agit bien de ton fils, n'est-ce pas ? (sourire)
Beau dimanche à toi, ma belle.
Je t'embrasse fort.

julie70 a dit…

J'ai presque l'impression que tu raconte mes problemes avec mon fils, qui ne 'cadrait' pas et faisait autrement, n'avait meme pas envie de lire pour longtemps.

Il a fallu du temps, patience (je n'avais jamais perdu la foi qu'il peut) et aussi l'aide d'une amie d'enfance a moi, pour qu'il prenne son vol. Se decide, apprend, continue de plus en plus seul dorénavant.

Il est alle loin, peut être justement puisqu'il ne reste toujours pas dans 'cadre' tout en travaillant pourtant pour un grand entreprise international, il a des idées aidant progresser tous autour.

Merci, Kat, encore une fois, tu me fait me souvenir, je continue tes mémoires avec les miennes, comme ce matin, dans mon blog, aussi.

Hubert a dit…

Belle réussite d'un fils doué et courageux, accompagné de parents intuitifs et persévèrants...

helenablue a dit…

pardon pour le merdouillage de manipulation...

C'est une bien belle histoire pleine d'enseignement et d'amour.
Merci.

Jorge a dit…

Vous avez eu raison de croire en lui

passepartout a dit…

superbe histoire. Votre fils aurait été orienté autrement et il " était perdu"
bravo pour votre recul, pour n'être pas rentré "dans le système" pour avoir avoir donné 2 fois la vie à votre gamin, qui sera sans aucun doute un être heureux.

bonne soirée à vous et surtout à votre musicien

passepartout a dit…

ah et puis je vais " copier les mots de FRANCOISE" car je le pense aussi. Merci d'avoir partagé cette belle histoire.

une libellule a dit…

Effectivement une belle histoire à partager, on entend trop souvent parler des échecs. Il faudrait que je m'en souvienne (peut-être) dans quelques années pour trouver la force de convaincre l'autre et d'être convaincue aussi!
bonne semaine

Philippe a dit…

Je pense que tu as eu raison de partager cette histoire. Cela redonne le moral aux parents qui apprennent chaque jour à "être parents". J'aime bien quand tu écris: "Une école qui dit, mais n'écoute pas..."

Kat Imini a dit…

Sourire Anne, pour ce texte c'était spontané, fluide car vécu. De grands moments, parfois de grandes questions, mais oui je pense une réussite, je lui souhaite de tout coeur en tous cas.

Françoise, oui sans doute, cette photo a libéré les mots. Il s'agit bien de mon fils, je te le confirme, sourire. Belle semaine à toi, je t'embrasse fort.

Julie, sortir du cadre n'est pas facile, ni pour celui qui le vit, ni pour ceux autour. Avec de l'écoute, de la confiance, du respect, on arrive à beaucoup de choses. Merci à toi, qui chaque jour, me confirme que la vie est belle avec ses bas et ses hauts.

Hubert, jolie synthèse, merci.

Helenablue, merci pour ton passage ici et pour ce commentaire.

Jorge, oui nous avons eu raison, la confiance n'a pas été trahie, bien au contraire. Je t'embrasse.

Passepartout, bienvenue ici et merci beaucoup. Le recul n'est pas forcément facile à prendre sur le moment, mais il a su aussi certainement nous persuader, dire et être écouté, entendre et parler. Nous n'avons pas plus de mérite que lui qui a poursuivi sa passion et ne l'a pas lachée. A bientôt.

Une libellule, cela fait parfois du bien de savoir qu'être parents n'est pas simple, compliqué même parfois, mais que les difficultés peuvent aussi amener vers le meilleur. Bonne semaine (bien entamée) à toi aussi.

Philippe, heureuse de te relire ici. Oui cela fait du bien de savoir que tout n'est pas simple, que nous ne sommes pas de mauvais parents quand nous doutons. J'aime bien que tu aimes bien "une école qui dit, mais n'écoute pas". Je suis intimement persuadée de cela, l'école casse parfois au lieu de construire. Je t'embrasse.

Karl Chaboum a dit…

Kat, il était touchant ton fait vécu, presque un scénario de film.
Et ta pointe de sagessee, qui ne peut s'empêcher de pointer.
C'est un peu différent de "La sagesse qui fait mourir" que je viens de mettre sur Chaboumyah, négligé... c'est qu'il y a d'autres petits, comme ce voyage fin juin à Bruxelles. Je t'en reparlerai, perle des ondes.

Kat Imini a dit…

Karl, ce récit était touchant, merci, certainement parce qu'il était vécu. La sagesse est parfois mauvaise conseillère, je te le confirme, ma vie est un bon exemple. Je t'embrasse.