dimanche 11 octobre 2009

Echange de couleurs (5)

Une chose s’imposait maintenant à son esprit, ou à ses émotions. A ses émotions plutôt. Oui, à ses émotions. Retrouver la femme en elle. Enfin renoncer à la féminité de politesse.

Elle passait ses journées à sembler, non pas à paraître, ce serait injuste de l’écrire ainsi. A sembler, ou assemblée ?... La question est plus juste… Elle répondait à toutes les demandes, elle était celle, sans doute parce que justement elle répondait (et non pas parce qu’elle répondait forcément justement), à qui l’on posait toutes les questions. Que ce soit dans son milieu professionnel ou familial, « on » devait la penser de bon conseil. Elle percevait tout cela de manière ambiguë. Elle se sentait très souvent envahie, mais sans doute, avait-elle depuis toute petite « cultivé » cette caractéristique, elle s’était rendue utile. On ne supporte des situations difficiles que parce qu’en contrepartie, elles nous apportent quelque chose.

Au fil du temps, elle avait de moins en moins besoin de servir à quelque chose, elle avait conscience de sa vie et de sa valeur, conscience qu’elle ne devait rien, qu’elle devait juste vivre pleinement, accepter de se laisser résonner…

Ce soir là, après avoir rempli toutes ses obligations, tous ses devoirs, après avoir désaltéré son empathie, elle avait soif d’être elle-même.

Elle enleva tous les vêtements qui l’avaient accompagnée dans son périple, prit une douche, caressa son corps d’une crème onctueuse, en détaillant chaque parcelle sous ses mains, comme pour leur signifier son attachement, elle se disait en fait à elle-même qu’elle était attentive pas seulement aux autres. Puis, comme pour se reconnaître le privilège d’être femme, elle s’amusa à enfiler des bas résilles… Juste pour elle…

samedi 10 octobre 2009

Echange de couleurs (4)

Courants d’être : Alors qu’elle y vivait encore, la maison, vide depuis le passage des déménageurs, commençait à lui manquer. La chambre surtout. Il lui restait deux jours à passer, camper, se disait-elle, avant de s’installer dans cet appartement neuf, blanc, sans histoire. Alors qu’ici. L’obscurité de la chambre recélait les émotions, en pellicules colorées qu’elle seule voyait. En vestiges d’ombres aériennes.

Elle avait décidé de partir de cet endroit qui lui rappelait tant de choses.

Cet appartement, lorsqu’ils l’avaient visité ensemble, c’est cette pièce qui les avait conquis. Une chambre à multiples entrées. Un endroit à apprivoiser, un endroit qu’ils allaient déguster, ils le savaient.

Ils l’avaient vue la première fois en plein jour. Elle leur avait semblé curieuse, presque inhabitable… Cette chambre, qui allait être leur lieu, de partage, d’échanges, non pas le seul lieu de leur demeure, mais le lieu désigné, les avait étonnés, presque rebutés.

Et puis, le téléphone portable de l’agent immobilier qui les accompagnait avait sonné. Il s’était excusé et s’était isolé dans une autre pièce.

Ils s’étaient alors par jeu, chacun positionné dans un des encadrements de portes, sachant chacun où ils étaient, mais ne pouvant se voir. Ils s’étaient amusés à chuchoter, à se dire des soupirs, à se chercher à tâtons de respirations sans se toucher. Ils avaient même décidé de fermer les yeux et d’avancer l’un vers l’autre, jusqu’à ce que la main de l’un ou de l’autre puisse toucher tangiblement la présence qu’ils n’avaient jamais, l’un et l’autre, oublié de ressentir.

Des pas dans le couloir les ramenèrent à la réalité, mais ce moment fort partagé les avait définitivement attachés à ce lieu.

A peine le commercial revenu, ils lui indiquèrent qu’ils prenaient l’appartement.

Cette pièce qui au départ les avait repoussés, allait devenir leur « antre ».

Une fois installés, ils continuèrent à y jouer, pas tous les jours, mais quand bon leur semblait. Parfois, elle s’habillait pour lui, il lui avait indiqué ce qu’elle devrait porter… Il l’attendait, dans la partie la plus sombre de la pièce, il se positionnait où bon lui semblait, sans le lui dire au préalable. Elle savait par quelle porte elle devait rentrer, elle savait qu’il l’espérait, les yeux en apnée avant qu’elle n’arrive, elle savait à quel point il aimait la regarder, elle sentait à quel point elle aimait qu’il la regarde…

Au bout d’un moment, elle appelait cela un « moment », elle n’avait jamais pu déterminer quand, cela changeait, n’avait rien d’une habitude, il se rapprochait d’elle, doucement, tout doucement, elle percevait d’abord ses pas feutrés, puis son souffle, son parfum aussi, tous ces indices lui faisaient ressentir par avance ses mains sur elle…

Elle ne savait jamais non plus où il allait la toucher, même si elle était déjà touchée en plein cœur, elle l’attendait, lui, ses doigts, ses mains, sa bouche, son corps tout entier, qui allait soudainement lui dire « je suis là ». Ils goûtaient le bonheur de leurs retrouvailles par tous leurs sens, ce n’était pas un dû, c’était une découverte sans cesse renouvelée. Elle retrouvait sa peau qu’elle connaissait si bien, mais qui lui avait déjà manqué, il retrouvait les courbes de son corps, sous ses paumes, qu’il avait perçues en ombres portées… Ils savaient aiguiser leurs perceptions et ne s’arrêtaient plus de vouloir ressentir encore et encore, doucement, par petites touches, comme on découvre une terre inconnue. Ils faisaient l’Amour, en permanence, rien qu’en se regardant… Mais pas seulement…

Elle ne sait pas aujourd’hui, alors qu’elle va bientôt quitter cet endroit si plein d’émotions, le pourquoi du comment… Elle sait qu’ils ne jouent plus, que le temps et eux-mêmes surtout ont laissé partir le rêve. Vivre encore en ce lieu n’est plus possible, cela n’a plus aucun sens. Il est parti ce matin, elle s’accorde deux jours de plus pour se repasser le film de leurs étreintes, pour en jouir encore…

vendredi 9 octobre 2009

Echange de couleurs (3)

« De toi il me restera tes lèvres. Même si je perds la vue. » Elle venait de recevoir ces deux phrases, sur un bristol blanc. Pas de signature, une écriture reconnaissable. Dans un paquet contenant deux plaquettes de chocolat noir. Sur chacune, son origine : Sumatra, Guinée. Ils se connaissaient depuis trois jours, plutôt deux d’ailleurs. Pourquoi parler d’après, alors qu’il voulait lui parler d’hier et d’aujourd’hui ?

Enfin c’est ce qu’elle espérait…

Elle relisait ce carton, cette phrase, un cadeau dont elle se délectait. Elle la relut jusqu’à plus soif, elle la relirait, elle le savait, dès qu’elle en ressentirait le besoin, ce qui ne saurait tarder…

Elle aimait reconnaître son écriture, comme une signature. Il avait une façon très particulière d’écrire, presque illisible, il ne se donnait pas facilement, pensa-t-elle… Elle commença à réfléchir, à se dire qu’elle avait eu la chance de pouvoir lire un texte manuscrit de lui, par pur hasard, lors d’une de leurs trop rares rencontres. Elle se dit, en souriant, que tout cela il le savait aussi, et que si tel n’avait pas été le cas, il aurait trouvé un moyen pour que son message ne reste pas anonyme.

Ils s’étaient croisés dans un salon professionnel, ils travaillaient tous les deux, à des postes différents, dans le secteur du tourisme. Leurs stands n’étant pas très éloignés, à la fin de leur première journée de « voisinage », ils étaient allés boire un café…

Il lui avait ouvert des horizons lointains dissertant sans aucune emphase des saveurs de ce breuvage… Il avait poursuivi en lui demandant : «Aimez-vous le chocolat ? Et si oui, de quelle sorte ?».

Elle était au début amusée par ce personnage qui n’essayait pas d’emblée de la séduire, comme bien souvent en ce genre de circonstances. Elle lui répondit donc en souriant : « Je n’aime que le chocolat noir, un peu âpre, avec un goût qui persiste, sous condition aussi d’une finesse de la tablette, j’aime le chocolat noir et présenté en couche presque infime ».

Elle vit son sourire se répandre de sa bouche à ses yeux.

Ils éclatèrent ensemble de rire, confirmant simplement une complicité naissante.

Ils se quittèrent peu après, rappelés par leurs obligations.

Mais, depuis ce café chocolaté, ils se guettaient mutuellement.

Le salon durait quatre jours, ils partagèrent de beaux moments dès qu’ils le pouvaient. Et puis, la veille du jour où leurs routes allaient se séparer, il avait osé goûter à sa bouche, lui offrant la sienne… Ils avaient encore disserté un moment en riant du goût de ce fruit qu’ils venaient de partager. Elle lui disait que sa bouche était framboise, lui, lui trouvait un goût de cassis, ils s’embrassaient encore et encore, pour affiner leur perception de l’autre, sous couvert de flagrances à définir précisément.

Ce soir, donc, une hôtesse lui avait remit ce pli, et après avoir revisité leur histoire, elle percevait différemment sa phrase, il lui signifiait qu’il ne voulait pas qu’elle disparaisse de sa vie, même si demain leurs routes devaient logiquement se séparer.

Elle ouvrit le chocolat, vérifia que les dessins sur les tablettes étaient différents, cassa un carreau de chacune, les posa devant elle, puis ferma les yeux. Elle mélangea de ses doigts les morceaux, puis en porta un à sa bouche. Elle le cassa en deux de ses dents, reposa une moitié sur la table et garda l’autre en bouche. Puis Elle laissa le chocolat d’abord poser entre sa langue et son palais, afin qu’il libère ses arômes, qu’il commence un peu à prendre place en elle, elle se résigna à le croquer doucement, sentant la brisure, puis chaque parcelle qui livrait à nouveau son lot de parfums épicés, doux et âpres à la fois.

Elle s’était lancé un défi, bête peut être, comme si elle souhaitait que le sort en décide pour elle, elle aurait pu lancer une pièce en l’air, mais ce défi là était lié à leur début d’histoire. Donc, elle devait reconnaître son origine, Sumatra ou Guinée.

Si elle passait ce test, elle lui redonnerait sa bouche, elle savourerait à nouveau la sienne, ils se dégusteraient mutuellement.

Elle prenait un risque avec ce pari imbécile, mais elle était persuadée qu’elle allait trouver et qu’ainsi elle donnait en gage des saveurs qu’ils partageraient et dont ils se délecteraient...

jeudi 8 octobre 2009

Echange de couleurs (2)

Faut-il se fuir ? Accepter que l’on soit toujours au-delà de soi ? Reconnaître que personne ne saura qui l’on est, pas même soi ? A ces questions qu’elle se pose, elle répond par une pose. Peut-être parce qu’elle ne peut pas s’encadrer.Elle avait eu souvent tendance à se fuir, à se fuir ou à trop se chercher ? L’un pouvant mener à l’autre et réciproquement.

Elle se cherchait et se fuyait déjà dans les miroirs… Parfois, au hasard, elle trouvait à ses yeux une image d’elle qui lui convenait, parfois elle ne pouvait plus se voir.

Elle avait croisé sur sa route des personnes qui lui avaient donné des regards différents. Elle avait pris confiance à travers eux. Elle s’était apprivoisée elle-même, avait pris goût à se découvrir un certain charme. Elle avait cessé de se maltraiter inutilement.

Aujourd’hui, elle sait que rien ni personne n’est parfait, mais que tout a un sens et une raison d’être. Elle a encore du mal à s’encadrer, se dit-elle en souriant, elle n’aime pas être encadrée, ceci doit expliquer cela...

mercredi 7 octobre 2009

Echange de couleurs (1)

Le sommeil est un refuge, un repos, une attente. Un moment à soi sans soi, pour soi. Elle se donne du temps pour laisser son corps accomplir cette espèce de tendresse de l’abandon.

Elle est fatiguée, plutôt lasse, très lasse. Une sensation de ne même pas pouvoir dormir, d’avoir plutôt envie de fuir.

Elle s’allonge, puis se laisse submerger par des pensées perturbantes, noires, qui n’en finissent pas dans la spirale négative. Elle use alors d’un « truc » que lui avait « enseigné » sa mère, « tirer le rideau », il suffisait de fermer les yeux, d’imaginer descendre un rideau de fer et de se concentrer sur lui, sans penser à rien d’autre, se concentrer sur le noir, quand la lumière est éteinte et les paupières fermées. Cela fonctionne, après quelques secondes d’application, l’esprit lâche, elle s’endort.

Comme un monde parallèle, son sommeil lui ouvre d’autres portes, facilement, elle est bien, flotte, regarde de belles choses, vit des aventures passionnantes.

Ce qu’elle aime dans le sommeil, c’est cet abandon, l’effet de surprise aussi, elle ne sait jamais ce qu’elle va vivre… Comme des trains qu’elle prend sans vraiment savoir où ils la mèneront.

Il lui arrive de cauchemarder, c’est rare, et souvent dans ce cas là, elle se réveille rapidement.

Elle pense que le sommeil est comme une immense bibliothèque où le soir elle trouve au hasard des livres qui l’emmènent ailleurs, à la découverte toujours…

mardi 6 octobre 2009

Pas que beau...

(Merci à Philippe pour ses photos qui me parlent tant)

Ne pas trop s’avancer,
Observer,
Mikado de la vie,
Le bateau qui passe…
Tentation de s’approcher
Sans rien faire bouger,
Au cas où…
Les œillères sont de bois,
Mais le cadre est posé,
Le bateau passe encore,
Plus vite,
Semble-t-il…
Relativité…
Encore un pas de plus…

L’horizon se dégage,
Il est juste doublé,
D’un autre un peu plus vague…
Par peur de se noyer…
Elle prend un peu de recul…
Elle observe cette fois,
Que les ombres mouvantes,
Sur le sable échouées
Semblent s’embrasser,
Retrouvailles agréables,
Et plutôt rassurantes…
Assise sur un ballon,
Qui se prend pour la terre,
Elle se statufie
En fermant les paupières,
Rêvant d’une croisière
Qu’elle n’osera jamais faire…

vendredi 2 octobre 2009

Un peu "à côté d'mes pompes"...

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Un peu « à côté d’mes pompes »…
Une sorte de légère accalmie
Qui finalement me perturbe…
Besoin de retrouver
Mes marques
Sans doute…
Les mots semblent
S’être absentés…
Ils doivent se reposer
Eux aussi…
Je ne ferme pas la porte,
Je vais revenir
Par la fenêtre…
Dès que l’envie sera là…